"Je me promis bien de recourir à la prière plutôt qu'aux moyens humains."
Louis Veuillot |
Le Père Lannurien arrive à Rome le dimanche 27 février 1853 au soir. Il avait voyagé
avec un bataillon de chasseurs de Marseille à Civitavecchia ; il
sétait lié avec les officiers qui lui rendirent le service
de le délivrer des formalités de passeport et de douane à
son arrivée : « Questo è il capellano dellarme
francese ! »
Il descendit à lhôtel de la Minerve où il trouva
Mgr de Salinis avec Louis Veuillot, à qui il porta le premier la nouvelle
du mandement de lArchevêque de Paris (17 Février 1853) condamnant
le journal lUnivers.
« Jarrivai à Rome le 27 février
(1853) au soir.
Jétais heureux de revoir ces lieux consacrés
par le sang de tant de martyrs, par le séjour de saint Pierre et de saint
Paul, et par la présence du vicaire de Jésus-Christ.
Un souvenir me rendait ce sentiment encore plus doux :
quand jétais parti de Rome le lundi de Pâques 1849, après
avoir visité le Saint Père à Portici, javais emporté
avec moi une conviction non raisonnée, mais vivement sentie, que je reviendrais
sur cette terre bénie pour y faire un plus long séjour :
cette espérance dalors devenait une réalité. Jétais
persuadé, et jen suis toujours convaincu, que nulle
part les grâces de sanctification ne sont plus abondantes quà
Rome ; jespérais en profiter.

Mgr Gaston de Ségur |
Je remerciais donc le bon Dieu, de ce quil meût
fait choisir entre mes confrères pour cette mission. Mais en même
temps, considérant limportance de loeuvre pour laquelle jétais
envoyé, et combien la sainteté est nécessaire à
ceux qui commencent une maison religieuse, et plus encore, un séminaire,
jétais effrayé ; et ne sachant comment faire, je me
promis bien de recourir à la prière plutôt quaux moyens
humains. »
A Rome le Père Lannurien trouva aussi
un guide et un protecteur en la personne de Mgr de Ségur (fils aîné
de la Comtesse), qui venait dêtre nommé Auditeur de Rote
pour la France et qui avait jadis fréquenté les conférences
de Saint-Jean au Séminaire du Saint-Esprit à Paris. A linstigateur
de ces conférences, le Père Libermann, Mgr de Ségur avait
gardé un profond attachement ; et cest lui qui exécutera
le portrait mortuaire de Libermann.
« Il sut rendre par un simple dessin au crayon toute la beauté
du vénéré visage et sa sérénité ».