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Pourquoi a-t-on voulu un Séminaire Français à Rome ?
Pourquoi a-t-on choisi la Congrégation du Saint-Esprit pour cette fondation ?

Pourquoi un Séminaire Français à Rome ?

- D'abord parce qu'il n'en existait pas

En 1853, un certain nombre d'évêques et d'ecclésiastiques français souhaitaient une telle fondation qui manquait à la France alors que dans le même temps d'autres pays comme l'Allemagne, l'Angleterre, les U.S.A. avaient déjà leur Séminaire.

Voici comment le journal l'Univers du 28 novem ­bre 1852, dirigé par Louis VEUILLOT (Nouvelles de Rome) présentait la chose :

« Presque tous les autres pays ont dans la Ville Éternelle, centre du Catholicisme, un collège... La France seule n'a aucun établissement de ce genre : quel­ ques chambres à Saint-Louis, quelques autres à l'Académie ecclésiastique, voilà tout ce qu'elle peut offrir... Les étudiants français sont donc réduits pour la plupart à s'établir seuls, isolés, dans une chambre solitaire, absolument comme les étudiants du quartier latin, à Paris, avec tous les inconvénients pour les études et pour leur vocation, que l'on peut imaginer. Il y a là un besoin urgent à satisfaire.

- Plusieurs tentatives échoueront

Voilà comment, dès avril 1847, Paul de GESLIN, compagnon de saint Vincent PALLOTTI envisageait cette fondation dans une lettre à Mgr LUQUET, ami de LIBERMANN :

« Pour fonder un établissement quelconque, il faut – outre la grâce de N.S. [...] Que ce soit une Congrégation, parce que, autrement, sans un corps moral qui en accepte la responsabilité, une œuvre de pareille nature n'offrirait nulle garantie d'ordre, de sta­bilité, de perpétuité, d'unité dans la direction et les principes.

Il faut une Congrégation indépendante du pou­voir civil, lequel ne peut toucher aux choses de l'Église sans y mettre le désordre et y contracter la lèpre.

Il ne faut pas qu'elle soit un Ordre religieux, afin de ne pas effaroucher les évêques [...] Il me semble que notre congrégation (il parle des Pallottins) réunit ces trois conditions ».

Il tentera d'ouvrir lui-même un Séminaire Français en 1853, dans un appartement loué au Borgo Vecchio, peu avant le Père LANNURIEN, avec lequel il se trouvera en concurrence. A la fin de l'année, sa communauté sera dissoute tandis que celle de Lannurien se verra confir­mée.

Une autre tentative faite par les religieux de la Sainte Croix du Mans n'aura pas plus de succès.

Il semble qu'à un moment, l'abbé des Bénédictions ait songé à établir à Saint Calixte une maison d'études pour toutes les nations. Le Père L ANNURIEN qui rap­porte la chose dans une lettre à son supérieur le 10 mai 1853, y voit un motif d'urger sa propre fondation.

- Influence des milieux ultramontains face au Gallicanisme et au Jansénisme Français

La thèse selon laquelle les milieux ultramontains auraient encouragé cette fondation, le cas du Père Emmanuel d'ALZON l'illustre assez bien. Le fondateur des Augustins de l'Assomption avait lui-même connu les difficultés de la vie d'étudiant à Rome en 1833. Il n'avait dès lors eu de cesse d'y fonder un Séminaire Français. Voici comment les choses nous sont rapportées :

« Louis Napoléon, désireux de contracter d'heureuses relations avec le Saint-Siège [...] venait de décider le rétablissement à Rome de l'auditeur de la Rote pour la France. Il avait fait un excellent choix dans la personne de l'abbé de SÉGUR ; [...] Dès que l'on sut la nomina­tion de l'abbé de SÉGUR, dont la piété et le dévouement au Saint-Siège était connus, ce fut dans le camp des ultramontains le motif de grandes espérances. Le Père d'ALZON ne perdit pas l'occasion de faire triompher enfin l'idée qu'il avait essayé de réaliser à Rome et à Nîmes : faire pénétrer dans le clergé de France l'ensei­gnement théologique de Rome [...] Il s'entretint avec le nouvel auditeur à la Rote et le décida à prendre à cœur la question. Les bonnes dispositions du gouvernement, les sympathies rencontrées par Mgr de S ÉGUR auprès de Pie IX devaient faciliter la réalisation de l'idée et du plan du Père d' ALZON »

Le Père d'ALZON n'est pas seul à penser ainsi. De nombreuses personnalités ecclésiastiques partagent ce point de vue. Pour aussi vraie que soit cette thèse, elle n'aurait jamais pu aboutir si le Pape Pie IX lui-même ne l'avait pas soutenue, soucieux qu'il était de remédier au gallicanisme et au jansénisme qui sévissaient encore dans l'Église de France. Si Pie IX ne pouvait rien en dire lui-même, il est clair qu'il encouragera cette fonda­tion de tout son poids et son soutien au Séminaire qui ne s'en démentira jamais.

Mais pourquoi les spiritains ?

La Congrégation du Saint-Esprit avait la direction du Séminaire du Saint-Esprit, depuis son origine en 1703. Elle s'était toujours distinguée par son ortho­doxie et son attachement à l'Église et au siège de Pierre. Durant le XVIIIème siècle, elle avait combattu le Jansénisme et avait eu à souffrir du Gallicanisme. Aucun de ses membres n'avait prêté serment à la consti ­tution civile du clergé durant la révolution.

On peut penser aussi que le rayonnement spiri­tuel du Père LIBERMANN tant à Saint-Sulpice qu'à Paris, sera un argument important en faveur des spiritainspour leur confier la direction de ce Séminaire. Mgr de SÉGUR qui l'avait bien connu dans le cercle de Saint-Jean Baptiste à la rue des Postes et qui en avait fait le portrait mortuaire lors de sa mort, en février 1852, sera d'un grand soutien pour le Père LANNURIEN durant son séjour à Rome.

Curieusement, nous retrouvons dans cette affaire un certain nombre d'ecclésiastiques proches de LIBERMANN dans les « bandes de piété » dans les séminaires de Saint-Sulpice et d'Issy-les-Moulineaux, bandes qui semblent n'être que la continuation des A.A. (Assemblées des Amis) que POULLART DES PLACES, le fondateur de la Congrégation du Saint-Esprit, au XVIIIème siècle avaient fréquentées dans les collèges des jésuites de Rennes et de Paris.

- Diverses lettres de Spiritains

Nous avons, aux archives de la Congrégation du Saint-Esprit, un certain nombre de documents qui éclairent sur les buts de la Congrégation dans la fonda­tion du Séminaire Français ainsi que des soutiens obte­nus.

Le 21 janvier 1853, moins d'un an après la mort du Père LIBERMANN, le Père SCHWINDENHAMMER, son successeur, écrit à Mgr. KOBES, Évêque spiritain du Sénégal, qui se trouve en ce moment à Rome et dont il redoutait les réactions car le projet enlevait aux missions du personnel et des ressources :

« Il y a bien longtemps que nous désirions avoir quelqu'un à Rome pour expédier les affaires courantes ; mais pour exécuter ce projet, on attendait une occasion ; or cette occasion semble se présenter à présent. On sent en France la nécessité d'un Séminaire à Rome, pour les jeunes étudiants français qui vont faire ou perfectionner leurs études ecclésiastiques [...] Plusieurs prélats, entre autre le Cardinal G OUSSET, que nous avons consultés à ce sujet, nous ont encouragés et nous ont même fait espérer des sujets. Ils disent et nous pensons bien aussi qu'il suffirait de 2 ou 3 membres de la Congrégation au plus, pour cette année [...] Nous avons pensé qu'il y avait lieu d'essayer ce projet qui peut avoir de si grands résultats pour la Congrégation et pour l'Église de France. Si la chose réussit, nous pouvons être assurés, sans présomption, de la protection du Saint-Père qui envisage cette œuvre comme un moyen de répandre en France, les vraies et pures doctrines de l'Église romaine [...] M. LANNURIEN va donc partir incessamment pour Rome. Il sondera le terrain et après cela, on verra ce qu'il y aura à faire ultérieurement. J'ai bien recommandé cette affaire à Notre Dame des Victoires de laquelle nous tenons toutes nos œuvres »

Le Père LANNURIEN va donc partir pour Rome, le 21 février 1853. Deux jours avant son départ, il écrit au Père BOULANGER : « Après-demain, je pars pour Rome : l'intention pour laquelle on m'y envoie est d'y fonder une maison de la Congrégation [...] Le projet de Rome consiste à y établir une espèce de séminaire pour les sujets que les évêques de France y envoient faire leurs études théologiques. Nous avons été encouragés dans ce dessein par NN. SS. l'archevêque de Reims, l'évêque d'Arras, l'évêque de Poitiers, l'évêque d'Amiens, l'évêque d'Angoulême, l'évêque de Strasbourg. Néanmoins, je prévois des difficultés. Si c'est l'œuvre de Dieu, nous réussirons ; si ce n'est pas sa volonté, nous serons encore contents. Je crois que cette maison serait fort utile à la Mission ; et c'est le but que se propose M. le Supérieur dans cette fondation ».

Le 27 février 1853, le P. LANNURIEN arrivait à Rome, pour chercher les moyens d'y établir une maison de la Congrégation et dans cette maison si possible, un Séminaire Français.

- Délibération du Conseil général

Voici le Procès-verbal du 26 mars 1853 du Conseil Général de la Congrégation du Saint-Esprit :

Matières à traiter :

La fondation d'une maison de la Congrégation à Rome, devant servir de Séminaire pour les jeunes clercs français, qui vont dans la ville sainte, faire ou compléter leur études ecclésiastiques ;

La location, aux frais de la Congrégation, d'une maison convenable pour atteindre ce but.

Sur le 1 ° point :

Vu 1° l'utilité majeure qui devra résulter de cet établissement pour la Congrégation et ses œuvres, à cause de la fréquence des affaires à traiter avec la Propagande ;

Vu 2° point que cette fondation fera connaître avec avantage la Congrégation parmi le clergé de France, qu'elle pourra par là, contribuer à lui attirer des vocations ; et qu'elle est par conséquent sinon direc ­tement, au moins indirectement, dans les fins de la Congrégation (Règlements constitutifs, 1° par., sec. I, Ch. 1, Art. 2 et 3) ;

Vu 3° les intentions du Saint-Siège, qui veut que toutes les Congrégations en général, qui n'ont pas leur maison mère à Rome, y aient au moins un établissement pour servir de résidence au Procureur ;

Vu 4° que ce projet, soumis à N.S.P. le Pape Pie IX par le R.P. L ANNURIEN, envoyé à Rome pour traiter l'affaire de la Confirmation du nouveau Supérieur général, a été favorablement accueilli par Sa Sainteté, qui a même témoigné un vif désir qu'il se réalisât ;

Il a été statué à l'unanimité, après un long et mûr examen, qu'il y avait lieu de donner suite à cette fondation.

Sur le second point :

Il a été décidé également d'une voix unanime que, malgré le peu de ressources de la Congrégation, il y avait lieu de faire des sacrifices d'argent qui seraient nécessaires pour la location en question.

En foi de quoi a été rédigé ce Procès-verbal, et signé par tous les membres présents du Conseil.

Fait à la Maison Mère, le vingt six mars mil huit cent cinquante trois.

Les intérêts de la Congrégation rejoignaient ceux de l'Église de France. Le Père LANNURIEN pouvait donc continuer sur ses recherches à Rome pour la Fondation du Séminaire Français.

Le 27 février 1853, le Père LANNURIEN arrivait à Rome, pour chercher les moyens d'y établir une maison de la Congrégation et dans cette maison si possible, un Séminaire Français.

R.P. Etienne OSTY C.S.Sp.

 

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Cette page a été actualisée le jeudi 12.07.2007